Un an déjà que je n’ai pas donné signe de vie. Je cours toujours et de plus belle. Mais le temps me manque pour raconter toutes mes courses. J’en ai fait une bonne quinzaine. Cette fois, je reprends la «plume» pour le marathon de Paris qui s’est déroulé ce dimanche 9 avril. Un Marathon un peu spécial puisque je me suis portée volontaire pour participer à une expérience scientifique inédite, menée par Veronique Billat, directrice du LEPHE à Evry (www.billat.net), fleuron de la recherche en science de l’entraînement. L’objectif du test consistait à comprendre ce qui se passe à l’intérieur du corps lors d’un marathon. Véritable phénomène de société, cette épreuve n’est pas sans risque au niveau cardiovasculaire. Pour mesurer l’activité cardiaque et respiratoire, j’ai, donc, été équipée d’un analyseur de gaz (K4B2), d’un holter (appareil qui mesure l’activité cardiaque) relié à une quinzaine d’électrode fixées sur la poitrine, le tout soutenu par un gilet en maille crocheté ainsi que de deux cardiofréquencemètres Polar au poignet. Soit un bon kilo de high-tech.
Ce n’est, réellement, que le dimanche, à 7 heures du matin, sous la tente Gaz de France, que j’ai pris conscience de ce qui m’attendait. C’était à la fois grisant (participer à une expérience scientifique aussi grandiose) et effrayant (comment allais-je gérer la course avec tout ce matos ?)Les 10 premiers km se déroulent super bien. Je suis déjà comme sur un petit nuage. Même si….Le rhume des foins contracté quelques jours plus m’oblige à me moucher comme je peux tous les ¼ d’heure. De la condensation se forme régulièrement à l’intérieur du masque. Le bruit généré par les appareils s’apparente à ceux d’une centrale électrique (heureusement j’ai un lecteur MP3) Ingurgiter un gel n’est pas toujours évident. Ça coule à côté. Je n’arrive pas à aspirer le liquide. Je ne dois pas être douée. Mais je persiste à vouloir tout récupérer, à l’image d’un clébard décidé à sucer son os jusqu’à la moelle. Les bénévoles des ravitos sont morts de rire. Ils me tendent des morceaux de banane. Je décline poliment en rigolant avec eux. Des coureurs me questionnent sur l’objectif de cette expérience. Certains croient que je respire des gaz à effet de serre, d’autres des gaz hilarants (c’est vrai que j’avais toujours le sourire) ! D’autres me taquinent. J’ai droit à tous les sobriquets (Dark Vador, Robocop, Tortue Ninja). Je m’en tape, je participe à une expérience tellement incroyable que ça me booste. Le masque glisse de temps en temps. Je parviens à le caler sous le menton. Ce n’est pas top mais ça tient. Du 10 au 15 km, la traversée du Bois de Vincennes est un peu longue. Je découvre, par ailleurs, le nombre impressionnant de gens qui sont déjà dans le rouge. Certains, très essoufflés, avancent comme des zombies.
Le retour au milieu de la foule urbaine me fait de nouveau frissonner. L’équipe scientifique vient à mon secours pour vérifier l’enregistrement des données et me resserrer le masque. Ça va beaucoup mieux. L’entrée sous le tunnel me stresse un peu. La sortie sera l’un des moment le plus fort de cette course. Je l’effectue à côté d’un athlète vosgien prodigieux. Unijambiste, il est aussi gracieux qu’une gazelle. Je le salue. Il me fait un grand sourire. On fait un bout de route ensemble. Je le double. Il me double. On fera ainsi le yoyo pendant une bonne dizaine de kilomètres. Puis, on se perd. Au 35 km, je marche 10 secondes. Une datte et ça repart. (Et dire que quelques kilomètres auparavant, il y avait même un stand d’huître !) Je pense à mes amis du Marathon des Sables qui doivent en chier avec le vent et le sable. Et puis, petit à petit, je me mets à accélérer. Je remonte la file. Je ne suis pas au bout de moi-même. Je n’ai pas tout donné, je le sais. Mais je me sens bien, à la fois zen et heureuse. Je franchis la ligne d’arrivée (en 4H42) avec le sentiment d’avoir super bien géré la course. En pleine forme…et prête à repartir. Par de là le pur chrono, c’est aussi cela réussir un Marathon.
Voir la vidéo (Le magazine de la Santé sur France 5, émission du 10 avril, rubrique marathon)
Bravo Nathalie :-) J'ai justement pensé à toi ce matin en écoutant en reportage sur le marathon des Sables. Tu feras un petit billet sur les résultats de l'étude de Véronique Billat ?
Rédigé par: Pappy Boyington | avril 14, 2006 à 07:50 AM