Pour beaucoup, le marathon de New York demeure une légende. Un véritable spectacle à la Robert Hossein, dirais-je. Imaginez, en effet, une troupe de 36544 acteurs exactement, lâchés, comme des fauves, dans une ville grandiose et acclamés par des dizaines de milliers de spectateurs. L’émotion pour un coureur est, parfois, si forte que le corps se met à trembler de partout. Mais plus que le côté "show off" ou du "m’as tu vu ?" anonné par la coureuse emperlousée et fardée jusqu’aux oreille du Bois de Boulogne, c’est, sans conteste, l’aspect populaire qui fait de cet épreuve une évènement si attachant.
New York 2004 fut pour moi une première. C’est, en effet, mon premier marathon sur route. Une épreuve, un peu différente des courses nature, car, ici, les gens viennent chercher un temps. Et même 10 secondes, cela compte. La victoire sur le temps est une sorte de victoire sur soi-même. Selon le sociologue Jean-Michel Faure, l’importance des temps réalisés expriment le goût des classes privilégiées pour l’excellence. Rappelons, en passant, que les cadres supérieurs, les professions libérales et les patrons d’entreprises représentent 44% des coureurs de marathon.
Mon objectif n’est pas de réaliser une performance mais de boucler les 42,195 km entre 4 et 5 heures. C’est, d’ailleurs, le seul marathon où il n’y a pas de temps limite. Pour l’anecdote, il y a quelques années, le dernier, agé de 93 ans, a mis deux jours pour finir ! Ce sont les bénévoles qui devaient être contents ! Du coup, tout le monde participe. Les gros, les petits, les maigres, déguisés ou pas. Les Japonais dans leur incontournable costume Pokémon et les Hollandais "repeint" en orange. J’ai même vu une fille courir en jupe !
L’arrivée, en bus, sur Verrazano Bridge, l’un des ponts suspendu le plus long du monde, et point de départ de la course, est assez impressionnnante. Des milliers de personnes allongés sur les pelouses. Certain sont là, depuis cinq heures du matin. Au moment du départ, bon nombre laisseront, à même le sol, leur sweet, coupe-vent, t-shirt, pantalon de survêtement...Butin qui sera redistribué aux pauvres.
La gestion du départ (37 000 personnes, c’est pas une mince affaire) se fait de façon militaire. Les coureurs en orange d’un côté, les bleus de l’autre et les verts, encore par un autre chemin, afin que, une fois le pont passé, tout le monde fasse front commun pour prendre d’assaut la ville comme de vrais "warriors".
Il commence à faire chaud. 18-20 degrès, ça se ressent. Mes mains commencent à gonfler et mon pied gauche, pas encore remis d’une blessure, lors du Défi du Chott en Tunisie, trois semaines auparavant, me titille un peu. J’essaie de pas trop y penser.Tout s’enchaîne. Les rues, les avenues. Je ne sais pas trop où je suis (je ne connais pas le parcours). Je remarque "Lafayette avenue". La hauteur des buildings me donne un peu le vertige. Sur les bas-côtés, des orchestres mettent de l’ambiance. Les gens nous tendent des morceaux de bananes, des quartiers d’orange, de la vaseline aussi !. L’entrée dans Manhattan par le pont de Queensborough fait également partie des temps forts. Mais le moment le plus grandiose est la traversée du quartier de la confrérie Loubavitch, du côté de Brooklyn. J’ai l’impression de pénétrer dans un autre Age. C’est un peu comme si deux communautés d’extra-terrestres se rencontraient.
Tout va bien jusqu’au 21 km. Une chose m’intrigue : point de ravitaillement solide. Il faudra se contenter de gel au 32 km. Cela, je ne l’avais pas du tout prévu. Déjà, au départ, j’avais faim. C’est vrai qu’entre le petit déjeuner pris à 3h et la course à 10 h, il s’est écoulé 7 h. J’ai fait la connerie monumentale de manger un "bagel", 30 minutes avant le départ. Il me restera sur l’estomac jusqu’à l’arrivée !!! L’horreur. Au 35 km, je résiste tant bien que mal. Je mets 3h10. Un autre pépin survient : je n’ai plus de jus dans les jambes. Alors, pour oublier, je mâche et remâche les petits biscuits secs que m’offrent les passants.
Les encouragements du public, paradoxalement, ne me portent plus. Je ne regarde plus la foule. Je voudrais que les spectateurs ne soient plus là. Je suis tellement épuisée que je ne peux plus leur renvoyer, ne serais-ce, qu’un petit sourire. Je me dis que c’est vraiment trop con.
Les cinq derniers km sont un enfer. Et le décompte des distances, tantôt en miles, tantôt en km n’arrange pas les choses. Voir la pancarte 40 km est psychologiquement un vrai bonheur. Mais juste après "25 miles", alors qu’il y en a 27 pour terminer, terrasse le moral L’arrivée sur Central Park, pourtant noir de monde, aurait dû être un moment magique. Malheureusement, la souffrance que je ressens est trop forte pour je puisse être réceptive aux encouragements des spectateurs. En clair, je tire la gueule. je bouclerai le périple en 4h30. La dernière terminera en 9h59.
C’est bien la première fois que je termine une course aussi fatiguée. C’est vrai que je mets une heure de moins que d’habitude. J’ai l’impression d’être complètement "shootée". C’est comme si les endorphines, tant attendues, se libéraient seulement. J’achète un bretzel comme tout le monde. Je mets bien 1h30 à rentrer à mon hôtel, situé à un quart d’heure. Là, je jette mon sac par terre. Je m’écroule avec mes pompes, ma gourde, mon bonnet ma couverture de survie et tout le toutim. Je dors 3 h… puis direction boîte de nuit. Je prends une bière. Je sens que je récupère une peu. Mais l’envie n’ y est pas. Je suis cassée et c’est Mururoa dans mon estomac....
Mais toujours prête à repartir pour la prochaine course, nature cette fois, qui m’attend ce dimanche 14 novembre, à l’occasion du Sparnatrail d’Epernay (50 km dans les vignes). Et comme, je serai avec mes coéquipiers du MDS, l’ambiance devrait être sympa.
Grand merci, en tout cas, aux fondus de Siemens qui m’ont accueillis dans leur équipe, même si on n’a pas couru ensemble. Et surtout à Jean-Marie Rouault, responsable du CE et héros de cette fameuse publicité Siemens qui fait un carton (voir album photo).